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Registre de passage des péniches aux écluses

Posté le 18 juillet 2014 à 19h 00 dans Une Histoire du Canal du Midi par

La principale activité de l’éclusier était de procéder aux manœuvres pour sasser (écluser) lorsque le bateau se présentait à l’écluse, soit à la descente (vers l’écluse de Castanet), soit à la montée (vers l’écluse de Montgiscard). Mais il y avait aussi un travail de bureau, si je peux dire, qui consistait à noter sur  un registre tous les passages des péniches à l’écluse.

Sur ce registre figuraient : d’abord la date, puis le nom du bateau. Ceux qui transportaient des hydrocarbures, nous les appelions les pétroliers, avaient pour nom celui d’une ancienne province du sud de la France telle que GASCOGNE, LANGUEDOC, PROVENCE, GUYENNE et SAINTONGE, et aussi des monts des Pyrénées, tels que ANETO, VIGNEMALE, SOMPORT, MARBORE, CANIGOU, pour ceux dont je me souviens. D’autres péniches transportaient du vin (les pinardiers) dont une s’appelait SAINTE-GERMAINE (comme la sainte de Pibrac, près de Toulouse), enfin d’autres avaient des frets divers (céréales, bois, charbon, etc.)

La troisième chose notée, c’était justement la marchandise transportée, puis il fallait indiquer le tonnage de celle-ci. A cette époque, les péniches qui naviguaient sur le canal du Midi avaient un tonnage peu élevé, 110 à 130 t maximum, alors qu’ailleurs on voit des tonnages largement supérieurs. Ensuite on marquait la provenance de départ du bateau, puis sa destination.

Il pouvait passer dans une journée de douze à vingt péniches. Vingt, c’était une grosse journée !

Enfin, on notait l’heure de passage à l’écluse. Je précise que ma mère m’avait confié ce travail de bureaucrate, j’avais environ dix ans. Ça l’arrangeait bien car son père lui avait fait quitter l’école, elle avait douze ans, pour travailler aux champs. Ce registre était contrôlé deux à trois fois par mois par le garde-canal qui était chargé de surveiller les écluses et l’entretien du canal.

Commentaires fermés

24 commentaires pour  « Registre de passage des péniches aux écluses »

  1. Nathalie dit :

    J’aurai un œil « plus affiné » à l’avenir quand je me rendrai sur le Canal du Midi.

    Merci pour ce témoignage sur ce qu’était l’activité des éclusier(e)s autrefois. Il serait intéressant de comparer avec le « travail administratif » d’un(e) éclusier(e) aujourd’hui et de connaitre le nombre de passage de bateau de plaisances à la journée en haute saison.

    • André dit :

      Bonsoir Nathalie

      Merci à mon tour pour avoir lu mes premières anecdotes de ce que j’ai vécu pendant près de vingt ans à l’écluse de VIC. Durant cette période,vous vous en doutez, c’était uniquement le transport des marchandises par des bateliers, soit propriétaires de leur barque,soit employés par des sociétés dans la majorité des cas,dont quelques-uns, plus tard, devenaient à leur tour propriétaires. En ce qui concerne les bateaux de plaisance il est évident que, sortant de la guerre 1939-45, ils étaient quasi inexistants,mais nous verrons les premiers fin des années quarante début cinquante ; il s’agissait de touristes anglais ou en tout cas anglophones. Nous,en tant qu’éclusier, lors de leur passage, nous devions les aider, bien souvent leur montrer(nous ne parlions pas anglais) comment positionner leur bateau dans le sas,ouvrir progressivement les vannes, fixer les amarres,enfin plein de choses que nous répèterions à chaque nouveau venu voguer sur le canal du Midi ; en général ça se passait bien,polis pour la plupart, une petite gourmandise,souvent du chocolat pour nous remercier de notre aide,mais d’autres très pressés d’en finir avec l’éclusée surtout lorsqu’il y avait dans le même temps l’arrivée d’une péniche laquelle avait,en principe, la priorité sur les plaisanciers!Enfin, petit à petit il y eut des bateaux de plaisance un peu plus tous les ans, et en majorité les pavillons anglais. Vous voudriez donc savoir le nombre de passages de ces bateaux actuellement, je n’en ai aucune idée, mais je sais qu’il y a quelques années on avait constaté une baisse de fréquentation, et maintenant il semblerait que ça repart avec surtout les locations.Juste un dernier mot à ce sujet : un trajet qui dure huit jours en vacances c’est suffisant, à moins d’être né sur une péniche ou alors avoir l’âme nomade. A bientôt pour une autre anecdote.

  2. Elisabeth Penou dit :

    très agréable à lire, continuez à nous raconter vos souvenirs , nous vogons avec vous…

    • André dit :

      Bonsoir Elisabeth

      Je suis ravi que mes anecdotes que je raconte vous soient agréables, ça montre que ce site du canal du Midi est intéressant à parcourir et surtout que les lecteurs donnent leurs impressions. Je vais continuer de revoir avec vous tous mes souvenirs de cette période dont j’ai gardé plein de belles choses et très peu de moches, forcément avec mes yeux d’enfant, à ce moment-là. En même temps que passaient les péniches à l’écluse, avec leur nom de province, de cols ou de monts des Pyrénées, j’apprenais la géographie de la France sans m’en rendre compte, en plus je voyageais gratis (quel est celui qui peut dire qu’à sept ou huit ans,à l’époque, qu’il avait parcouru le sud-ouest de notre pays, tout en étant dans un cadre magnifique comme le canal du Midi???). Je n’ai réalisé que longtemps après ce que m’a apporté ce vécu de mon enfance à l’écluse de VIC ; d’autres témoignages vont suivre.

  3. Nicolas Nicolas dit :

    N’auriez vous pas de photos de ces registres. Je les imagine tout à fait soignés, dans la mesure ou vous faites partie d’une génération ou vous appreniez dès l’école élémentaire, à composer de belles lettres à la plume.

    • Je vais me décarcasser un peu pour trouver des archives… je ferai ce que je pourrai… Je comprends bien qu’André n’évoque que ses souvenirs, les souvenirs d’un gamin… comment pourrait-t-il posséder des photos de ces temps passés ? A l’heure où même la photo était confidentielle ?
      En tout cas, ça me donne une idée supplémentaire de recherche… Merci André, on va s’occuper de ça !

    • André dit :

      Je retrouve là l’esthète qui s’intéresse aussi aux documents,même administratifs ,d’une autre génération ; ça ne m’étonne pas de vous avec vos photos et vos aquarelles que j’ai pu apprécier sur ce site ! Mais revenons aux photos des registres que vous me demandez : je n’en ai jamais eues, je regrette ; c’est vrai que durant cette période passée à l’écluse je ne possédais pas d’appareil, la paye de ma mère, éclusière, ne permettait pas de faire des écarts. C’est vrai qu’ils étaient soignés (je tenais ça comme mes cahiers à l’école) et d’ailleurs je n’ai jamais entendu le garde-canal dire à ma mère que c’était mal tenu !
      Vous êtes donc d’une autre génération et n’avez pas connu les pleins et les déliés que l’on faisait en écrivant, avec des plumes en métal dont certaines comme la gauloise ou la sergent-major convenaient parfaitement alors que d’autres ne convenaient pas pour ce genre d’écriture mais étaient utilisés par les enfants qui recherchaient la facilité. Ceci étant dit les photos que vous recherchez pourraient peut-être se trouver aux VNF ou par hasard à une brocante ou un vide-greniers.

      • Nicolas Nicolas dit :

        Il est vrai que je n’ai pas connu l’apprentissage de l’usage de la plume à l’école. Ceci dit, dans certains de nos exercices d’aquarelle, comme par exemple avec Alain Marc (qui nous fais parfois des démonstrations avec des plumes que l’on ne trouve plus dans le commerce) ou avec Elisabeth Penou, nous retrouvons le bonheur de réutiliser cet outil.

      • Moi aussi j’ai appris à m’appliquer avec les pleins et les déliés. Les plumes les plus célèbres étaient les gauloises et les sergent major. Je préférais nettement la gauloise qui permettait de mieux accentuer la calligraphie. La sergent-major me permettait d’écrire plus vite et plus régulièrement. Ces plumes existent toujours et j’ai récemment utilisé une sergent major pour un dessin à l’encre de chine. Le stylo a été autorisé après mon passage à l’école primaire.

  4. Sebastien dit :

    Témoignage sympathique et important sur une activité sur le Canal du Midi. Je suppose qu’aujourd’hui, les registres doivent être informatisés … du moins s’ils existent encore. Je ne sais pas si les éclusiers aujourd’hui comptabilisent toujours les allers et venues de bateaux de plaisances en plastique, qui se ressemblent tous plus ou moins. Le passage de bateaux comme la barque de poste doit être une exception.

  5. Claire dit :

    En effet, ces documents se trouvent certainement aux VNF, aux Archives des canaux du midi à Toulouse.

  6. ANETO, VIGNEMALE, SOMPORT, MARBORE, CANIGOU… et bien d’autres… je voudrais bien disposer des archives de ces glorieuses péniches… Pardon, de ces barques et de ces barquiers, car c’était ainsi qu’on les appelait jadis. Si un connaisseur est là pour répondre, il sera le bienvenu ! 😉 🙂

  7. Joao dit :

    Je découvre, par cet article, une autre approche du Canal du Midi, en fait, etr quelque sorte, une mémoire, et, au vu des commentaires, il serait très intéressant d’en connaitre un peu plus sur les péniches « Aneto », « Vignemale », « Somport » etc …

    Peut être certaines d’entre elles ont connu une autre « destinée » que celle de la casse, par une reconversion en péniche d’hôtes, comme celle de l’établissement « Mirage » située à l’écluse d’Herminis et si bien racontée par Nicolas dans son article (http://www.canaldumidi.com/Publications/2013/09/peniche-mirage-2013/).

    Signé, un brésilien amoureux de la France.

  8. Sophie dit :

    Votre blog me surprend de plus en plus. Après avoir découvert les récits de Nicolas, je découvre ceux d’André. Il est clair que si j’avais lu ses articles avant que moi même je ne longe le canal à vélo, j’aurais porté un autre regard sur les éclusier(e)s, en n’hésitant pas à les aborder et à leur poser des questions. Il est vrai cependant qu’ils sont très occupés en haute saison, par ce que non seulement ils officient sur leur écluse, mais il assurent la vente, comme certains, dans l’épicerie-bar-vente de souvenirs qui jouxte l’écluse.

    • Les éclusiers tels qu’ils étaient et tels qu’André les décrit n’existent plus depuis longtemps. Les quelques points de vente qui existent sont seulement touristiques. il y avait encore de la vie jusque vers 1975, mais ensuite, tout a rapidement disparu. Malheureusement, à l’époque, je me contentais de le parcourir sans réaliser de photos, et il n’y avait pas d’embouteillages sur l’eau comme sur les chemins de halage en été.

  9. Michèle dit :

    Beau témoignage que le vôtre ! Je découvre les articles de ce blog avec plaisir.

    • André dit :

      Bonjour Michèle,
      C’est toujours avec plaisir que je reçois les visites concernant mes articles et globalement sur tout le blog du Canal du Midi ; si vous avez apprécié, peut-être que vous connaissez l’endroit où se trouve cette écluse de VIC, là donc où j’ai habité . Je l’ai quittée depuis 1959 mais lorsque je suis dans la région je fais en sorte d’y passer, ne serait-ce que quelques minutes, plus en réalité en me baladant tout le long du canal que je reconnais malgré l’environnement qui peut avoir changé depuis, mais le Canal lui, suit toujours ses méandres qui en font son charme tout comme les écluses, les différents ouvrages que nos ancêtres nous ont laissés; à nous de respecter tout ça et si possible de veiller à le sauvegarder . A bientôt sur mon prochain article si vous le voulez bien.

  10. Marcel dit :

    On évoque en ce moment, un « train de bois » qui remonte de la Nièvre vers Paris et qui permettait autrefois aux habitants de la capitale de se chauffer.

    En avez vous aussi vu sur le Canal du Midi ?

    • Sans attendre la réponse d’André, Certainement NON ! Le but du Canal du Midi a d’abord été stratégique, ensuite, le commerce des grains, vers Sète, et du vin vers Toulouse (à la remonte), a dominé. On exploite le bois dans les Pyrénées, mais aussi dans la Montagne Noire, bien moins que dans les Pyrénées, mais c’est à tort ! À ma connaissance, le Canal du Midi n’a jamais participé à l’exploitation ou au commerce du bois, sauf en de rares occasions. 😉

  11. André dit :

    Je refais surface petit à petit ; j’ai bien vu qu’à Melun, donc tout près de mon domicile actuel,  » un train de bois avait fait escale le lundi 22 juin 2015 provenant de l’Yonne direction Paris, 72 m de long. Il s’agissait de la reconstitution de ce mode d’alimentation de la capitale en bois de chauffage depuis le Morvan, de 1547 à la fin du 19e siècle sur la Seine  » (La République de Seine et Marne, le lundi 29 juin 2015).

    S’agissant du canal du Midi, je ne fais que répéter ce qu’a répondu Jean-François : je n’en ai jamais vu et le transport du vin, du carburant, en particulier, dans les années 1945-1958 se faisait vers Toulouse venant soit de Carcassonne (pour les vins) ou bien de Lézignan-Corbières, le carburant depuis Sète la majorité du temps ou de la vallée du Rhône, on peut y ajouter le charbon qui était à cette époque le moyen de chauffage très utilisé surtout dans les villes comme Toulouse par exemple, donc pour le bois quelques péniches seulement pour du bois déjà prêt pour les appareils de chauffage ou des bûches.

  12. MIQUEL dit :

    Nous, on notait à la craie les informations sur une ardoise, une vraie ardoise de toit. L’éclusier lisait quand elle  »passait » devant lui.
    D’autres écrivaient à la craie sur le soubassement de chaque côte de la guitoune.
    L’avantage de l’ardoise est qu’on la déplaçait de bord (le côté du chemin halage change).
    Les éclusiers connaissaient la façon de faire de chaque marinier, ils savaient s’il fallait poser la question ou pas.

  13. André dit :

    Effectivement, lorsque j’étais présent à l’écluse je m’étais aperçu de ces annotations qui
    s’adressaient aux éclusiers chargés ensuite de les noter sur ce registre du passage des barques à chaque écluse ; au début que ma mère m’avait confié ce travail d’écriture ce n’était pas parfait, loin s’en faut, pour la simple raison que dans la journée j’étais à l’école primaire, puis au collège et ce n’est que le soir que je récapitulais les passages des péniches sur ce cahier.Seulement depuis le début de la journée jusqu’au soir, il arrivait que ma mère n’avait pas retenu tous les éléments de chaque passage, et, moi je lui demandais ces renseignements, et alors, avec la complicité de François, mon beau-père, à tous les trois nous arrivions à rassembler la plupart du temps l’ensemble de ce que j’allais transcrire enfin. Malgré cela il y avait des loupés sur ce registre ou alors, comme bien souvent les barques transportaient le même fret nous nous reportions au passage de la fois précédente et le tour était joué, selon l’expression. Ce n’était pas le sort du monde que nous avions entre les mains, mais comme je voulais bien faire en insistant auprès de ma mère pour qu’elle me donne les éléments manquants ça se prolongeait assez tard le soir. Vous parliez, Louis, de la guitoune, et c’est vrai que j’avais appris que vous, les mariniers, vous aviez un langage propre à votre activité, et je découvrais toutes ces choses-là aussi.

 

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