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Canal du Midi selon l’Illustration (I)

Posté le 12 janvier 2022 à 08h 00 dans Une Histoire du Canal du Midi par

La conception du Canal du Midi

 

J’ai décidé d’approfondir un peu plus l’histoire du Canal du Midi, mais cette histoire est parfaitement connue, il n’existe presque aucun mystère, seulement quelques petites légendes et anecdotes. Plutôt que de paraphraser un quelconque ouvrage à ce sujet, ou re-écrire sur un sujet bien trop commenté et documenté,  j’ai décidé de reproduire ici quelques articles parus dans la célèbre revue l’Illustration, journal universel, une célèbre revue du XIXème siècle. Trois articles concernant le Canal du Midi ont été écrits et publiés dans cette revue du 24 juillet 1847 au 14 août 1847. Ils sont très bien écrits (comme d’habitude en ce qui concerne cette célèbre revue et aussi cette époque de notre histoire) et retracent l’essentiel de l’histoire du Canal du Midi en commettant cependant certaines erreurs mineures ou en omettant des précisions que j’estime importantes pour éclairer l’information. Je commenterai donc ces articles.

Sachez simplement qu’il existe un parfait point commun à tous ces articles : il s’agit simplement avant tout de leur immense poésie… Parfois, ils se concentrent sur l’actualité de l’époque, pas de quoi leur reprocher quoi que ce soit !

l’ordre chronologique de parution sera respecté : 24 juillet, 7 et 14 août 1847.

Je précise que l’article paru le 24 juillet 1847 n’a pas été signé… Le deuxième article qui est paru le 7 août 1847 a seul été signé Frédéric LACROIX. J’imagine que tous ces articles ont été écrits par lui et je l’en remercie. Comme vous pouvez l’imaginer, je serais toujours respectueux des auteurs que je puis citer !

Je préciserai encore que je vais écrire Naurouze au lieu de Naurouse !  Naurouze, c’est l’orthographe actuelle, et Naurouse, c’était l’orthographe en vigueur à l’époque de cet article.

24 juillet 1847 première partie

 

Cette première partie concerne l’introduction de cette petite série d’articles et l’Historique du Canal du Midi. Les commentaires seront effectués dans le cadre de listes à puces, en italiques et avec la couleur bleue. Et bien sur, il existera des illustrations. Certaines viendront de cette belle revue, et plus rarement, certaines viendront d’autres sources.

Introduction

 

Il est assez étrange qu’il n’existe pas une notice moderne et complète de ce merveilleux ouvrage. L’Histoire du canal du Midi, publiée en l’an VIII par le général Andréossy, est sans doute un livre estimable, et où l’on trouve tous les détails scientifiques qui peuvent servir à l’intelligence des questions résolues par l’auteur du canal  mais ce mémoire est trop technique ; il fut d’ailleurs rédigé dans un intérêt de rivalité personnelle, et sa date est déjà ancienne. On peut faire les mêmes observations sur l’article consacré à ce canal dans l’Encyclopédie. L’histoire du canal du Languedoc publiée en 1805 par les héritiers de Riquet,n’est qu’un récit des vicissitudes par lesquelles dut passer le projet primitif avant d’être complètement exécuté. C’est, à vrai dire, une réponse au pamphlet du général Andréossy. Le Guide du Voyageur sur le canal du Midi, par M. le compte Georges de Caraman, brochure in-octavo publiée à Toulouse en 1836, est une notice utile, mais introuvable, même chez les libraires de Toulouse, soit qu’elle n’existe plus dans le commerce.

Nous avons pour but, en écrivant cette description d’une des merveilles de France, de remplir cette véritable lacune. Nous ferons le plus succinctement possible l’historique du Canal, le tableau technique et pittoresque des ouvrages hydrauliques que sa construction a nécessités ; enfin nous donnerons tous les détails qui peuvent intéresser le voyageur.

  • En ce qui concerne la modernité des notices inexistantes, rappelons que cet article a été écrit en juillet 1847.
  • Les ouvrages concernant les héritiers de Riquet et du général Andréossy mentionnés ici n’ont pas pour seul but de raconter l’histoire, mais aussi de participer à la dispute des uns et des autres afin de bénéficier de l’exploitation du Canal du Midi.

 

Historique

 

L’idée de joindre l’Océan à la Méditerranée par un canal remonte au règne de François 1er. En 1559, deux commissaires du roi furent envoyés à Toulouse pour faire dresser le plan de cette communication artificielle. Mais le projet resta sans exécution, probablement à cause des difficultés qu’offrait le terrain entre l’Aude et la Garonne. Le problème fut repris sous Henri IV, et il est assez remarquable de voir, dans un rapport du cardinal de Joyeuse au roi, figurer l’idée de faire passer le canal par les pierres de Naurouze, précisément à l’endroit qui, plus tard, fut choisi pour point de partage. Ce rapport est daté du 2 octobre 1598. En 1604, le connétable de Montmorency, gouverneur du Languedoc, ordonna de nouveau l’examen des lieux ; mais cette troisième tentative fut encore infructueuse. La question fut remise sur le tapis dans les premières années du règne de Louis XIII, puis en 1617, en 1632, 1633, 1636 et 1650.

  • La ligne de partage des eaux entre Océan et Méditerranée était connue à ces époques.
  • La plupart de ces investigations n’ont pas du tout ou pas suffisamment compris l’importance de la Montagne Noire pour l’alimentation du Canal et ont été découragées par les contraintes techniques.

Pierre Paul Riquet de Bonrepos

Il était réservé à Louis XIV d’être le patron d’une œuvre aussi utile et aussi glorieuse. Pierre-Paul Riquet, seigneur de Bonrepos, rejeton d’une famille noble de Provence, eut le génie que réclamait une si difficile entreprise. Riquet était homme de finance, mais la nature l’avait doué de ce merveilleux esprit d’invention que la science ne donne pas, et qui souvent remplace la science. La situation de sa propriété au pied de la montagne Noire lui avait permis de prendre une connaissance parfaite du terrain. Il avait pu examiner dans tous ses détails ce plateau de Naurouze, devant lequel avaient échoué les combinaisons des plus habiles ingénieurs. Aider par un simple fontainier de Revel, nommé Pierre, il avait fait exécuter sous ses yeux plusieurs nivellements et étudié le système des eaux qui arrosent les dernières collines de l’embranchement le plus occidental des Cévènes. Le hasard était venu à son aide : près des pierres de Naurouze, il avait aperçu une petite fontaine dont les eaux, se bifurquant d’elles mêmes , coulaient en deux sens opposés.. En suivant les ruisseaux formés par ces deux courants il avait pu aisément s’assurer que l’un coulait vers les affluents de la Médidéranée, l’autre vers ceux de la Garonne ou de l’Océan. Le point de partage était donc trouvé. Pour cela, il n’était pas besoin d’être bien savant : l’observation et une heureuse découverte avaient suffi ; mais c’est souvent ainsi que naissent les grandes œuvres.

  • On va dire que Louis XIV a eu du pot avec Colbert et Paul Riquet, mais bon, tout de même, il savait promouvoir les décisions intelligentes !
  • Cette petite fontaine n’est autre que la fontaine de la Grave, mais il s’agit très certainement d’une légende (d’une historiette comme l’ont écrit les auteurs de l’histoire générale de Languedoc). En effet, la ligne de partage des eaux était déjà connue.

Riquet exposant son projet aux Commissaires du Roi

Placer les sources du canal dans la montagne Noire, utiliser dans ce but la petite rivière de Sor, qui passe au hameau de Durfort, et la conduire au point de partage, si bien indiqué par la fontaine de la Grave, telle fut la base première de la conception de Riquet.

Sûr de lui-même et de la solidité de son projet, Riquet adressa en 1662, à Colbert un mémoire dans lequel, tout en s’excusant de se mêler d’hydraulique, lui, homme de gabelle, il exposait ses idées sur la possibilité de faire passer par Naurouze un canal destiné à joindre les deux mers. Son plan différait de celui qui fut adopté et exécuté ; mais le principe y était posé et le tracé du canal pouvait se modifier suivant l’examen des localités.

Le génie pratique de Colbert comprit ce qu’il y avait de sérieux et de grand dans les propositions de Riquet. Il approuva vivement le plan de notre financier, et persuada aisément à Louis XIV qu’il était digne de lui de réaliser dans le Midi de la France, la réunion de la Méditerranée et de l’Océan. Par un arrêt du Conseil rendu le 18 janvier 1663, le roi ordonna que l’examen du projet de Riquet fût fait sur les lieux par une commission spéciale. Pendant qu’on s’occupait de former cette commission, Riquet achevait ses nivellements, et faisait jalonner la route que devait suivre son canal. Il avait vu Colbert à Paris, et tout ce qu’il avait dit au grand ministre avait confirmé celui-ci dans l’idée favorable qu’il avait d’abord conçue du plan soumis à son approbation. Le travail de la commission, commencé en novembre 1664, fut terminé en janvier 1665. Un devis et un plan détaillé ayant été dressés, les commissaires n’hésitèrent plus, et déclarèrent l’entreprise réalisable. Mais, ne voulant rien donner aux probabilités, ils exigèrent qu’avant tous travaux définitifs, on fit, à titre d’essai, une rigole de deux pieds de large, qui conduirait les eaux du Sor au point de partage, et de là à Toulouse et à Carcassonne.

  • Colbert, ce grand génie, qui a participé à la grandeur de la France, et à qui on reproche aujourd’hui une seule action, celle d’avoir édité le code noir !  Bien sur, on oublie tout le reste, c’est très pratique pour ceux qui observent l’histoire avec leurs idées d’aujourd’hui. Débile tout ça ! Ce gars là n’était pas esclavagiste, il essayait simplement de gérer cette situation avec son intelligence, qui était très grande !

La rigole d’essai, creusée aux frais de Riquet, fut terminée au commencement d’octobre 1665. On eut, dès lors, la preuve de l’exactitude des assertions de Riquet, car les eaux de la Montagne Noire, détournées de leur cours naturel, arrivèrent à Naurouze, où elles prirent deux directions opposées, à la grande surprise des commissaires, qui jusque-là doutaient encore.

La démonstration était complète, et Riquet triomphait. Restait l’exécution du canal, la partie pratique. Le soin de cette grande création revenait de droit au financier ingénieur. En octobre 1656, un édit royal ordonna la construction du canal, qu’il érigeait en un fief dont la propriété serait concédée à charge d’entretien. Le 14 du même mois, Riquet est déclaré concessionnaire, pour la somme de 3 630 000 francs, des travaux à exécuter depuis Toulouse jusqu’à Trèbes. D’après les termes de l’adjudication, le gouvernement restait chargé d’indemniser les propriétaires pour leurs terres et les seigneurs pour leurs fiefs. En avril 1667, les premières pierres du bassin de Saint-Ferréol, dont on trouvera plus loin la description, sont posées avec solennité, ainsi que celles de l’écluse d’entrée dans la Garonne. Deux ans après, Riquet soumissionne la branche orientale du canal depuis Trèbes jusqu’à l’étang de Thau, et, le 23 janvier 1669, il obtint l’adjudication pour la somme de 5 852 000 francs, le gouvernement se chargeant toujours des indemnités quelconques. Cette partie du canal est également érigée en fief et accordée à l’adjudicataire pour 200 000 francs. Déjà, le 12 mai 1668, le fief, le droit de péage, et les autres avantages mentionnés dans le premier édit, avaient été concédés à Riquet pour une somme égale. Ainsi Riquet fut chargé de la construction entière du canal et en devint propriétaire pour une somme totale de 9 862 000 francs.

Douze mille ouvriers furent employés à la fois, et les travaux, entrepris sur trois points différents, se réunirent sans qu’on fût obligé de rien changer à la direction du tracé. Telle fut l’activité de Riquet et des ingénieurs qui travaillaient sous ses ordres, que la partie comprise entre le point de partage et Toulouse fut terminée au commencement de l’année 1672. En moins de six jours l’eau de la rigole remplit toute cette branche du canal, et immédiatement quatre des plus grandes barques de la Garonne remontèrent à Naurouze et revinrent chargées de marchandises, aux applaudissements de toutes les populations riveraines. Un service de navigation fut établi entre les deux points extrêmes. L’autre partie du canal offrait beaucoup plus de difficultés ; elle ne put, en conséquence, être livrée au public qu’un printemps de l’année 1681. Le 15 mai, les commissaires du roi s’embarquèrent à l’embouchure de la Garonne et se rendirent à Béziers, conduisant avec eux vingt-trois barques chargées de marchandises destinées à la foire de Beaucaire. L’œuvre était donc complète : l’Océan donnait la main à la Méditerranée, et des contrées, condamnées à languir dans l’isolement, allaient recevoir le mouvement et la vie. Ce magnifique résultat était dû à un homme étranger aux sciences, et qu’une heureuse inspiration avait seule guidé dans la voie vainement cherchée par les gens du métier. Ainsi procède le génie : il trouve, il invente ; par sa seule puissance, il fait ce que la science seule ne peut faire, et n’a besoin d’elle que pour rendre plus facilement exécutables les grandes choses qu’il a conçues. Que Riquet, pour la partie technique de son entreprise, pour les détails d’application, ait eu recours à des ingénieurs, c’est ce que personne ne contestera. Étranger aux mathématiques, à l’hydraulique, en un mot à toutes les connaissances spéciales de l’ingénieur, il ne pouvait y suppléer par les seules ressources de son esprit. Mais ici les hommes de science furent les instruments subalternes. La gloire de ce grand travail appartient réellement à Riquet, c’est-à-dire à celui qui indiqua la vraie source du canal, en trouva le point de partage, en fit le tracé, et présida à la construction du gigantesque monument dont il avait conçu la pensée.

  • Que Paul Riquet eut été le tout premier socialiste, je n’irai pas jusque là, mais en tout cas, de toutes les études que j’ai faites, il était parfaitement respectueux de ses ouvriers…

Il ne fut pas donné à Riquet de jouir de sa gloire et des fruits de ses nobles labeurs. Il mourut le 1er octobre 1680. Son fils fit mettre la dernière main aux travaux, et le canal put être livré à la navigation six mois après la mort de l’homme illustre dont il était l’ouvrage.

Quelques travaux d’art furent, par la suite, ajoutés à ceux qui existaient dès le principe ; Vauban lui même coopéra à ces travaux d’amélioration mais ce furent de simples détails destinés à perfectionner l’œuvre de Riquet.

  • Ces « détails » sont extrêmement minimisés, peut-être pour glorifier encore plus Riquet qui n’en a pas besoin. En effet, l’œuvre de Vauban est majestueuse. Il a considérablement augmenté l’alimentation en eau du bassin de Saint-Ferréol et s’est attaché à mieux approvisionner le canal tout en permettant de mieux évacuer les eaux excédentaires.

Il y a quelques années, une statue a été érigée en l’honneur de Riquet dans la ville de Béziers, hommage tardif rendu par la France à un homme qu’elle compte au nombre de ses plus illustres enfants.

  • Il ne faut pas trop croire au caractère altruiste de l’érection de cette statue. Le but des héritiers de Riquet restera pendant longtemps, de conserver l’absolu bénéfice de l’exploitation du canal. Cet acte, comme d’autres du même type, se situe dans ce cadre. Aujourd’hui, on pourrait dire qu’il s’agissait là de communication.

Nous allons entrer maintenant entrer dans la description des sources du canal et des travaux d’art exécutés pour faire arriver les eaux au bief de partage. C’est la partie la plus intéressante et la plus curieuse de notre examen.

  • En fait, dans cet article, tout est déjà écrit ! Les rivalités entre les concepteurs du Canal du Midi et tout le reste… Je vais donc vous laisser imaginer la suite…
  • Suite au prochain article

 

Pour la suite de cette série d’articles, rendez vous ici :

deuxième partie : Le Sor et la Rigole de la Plaine

6 commentaires pour  « Canal du Midi selon l’Illustration (I) »

  1. Roger CLOSSET dit :

    Merci pour cette initiative géniale. Quelle source d’information intéressante pour ceux, dont je fais partie, qui s’intéressent
    à ce joyaux qu’est le Canal du Midi.
    Amical souvenir

    J’attends la suite avec grande impatience…
    Roge

    • Merci à vous de cette réflexion !
      Croyez bien que la suite va venir, au minimum à intervalles de trois semaines… C’est manière de dire que je ne représente pas d’autre journal que moi-même ! 🙂

    • C’est certain, vous aurez la suite, à moins d’une catastrophe indépendante de ma volonté, bien sur… J’ai de quoi écrire et narrer jusqu’à fin août 2022 à raison de deux articles par mois, ce qui ne m’était encore jamais arrivé ! D’ici là, j’espère bien pouvoir imaginer encore bien plus de choses pour évoquer le Canal du Midi…
      Amicalement à vous

  2. Rachel dit :

    Bonjour Jean-François !
    Comme c’ est intéressant de lire ces articles du XIXe siècle !
    Vos commentaires sont subtils et font la liaison avec notre époque.
    N’ hésitez pas à reconduire cette expérience.
    A très bientôt…

    • Croyez moi, j’ai décidé de persévérer, et tant pis si ça ne me rapporte rien car après tout, ce n’est pas ce que je recherche… J’ai simplement envie de continuer et rien, sauf une catastrophe planétaire (ou peut-être mon décès, certes !), pourra m’en empêcher… Amicalement à vous !

  3. Je vois bien que vous venez très nombreux ici, mais le mieux serait que vous commentiez un peu, bref, un tout petit peu, et si en plus vous pouviez envoyer quelques liens sur ce blog, ce serait encore mieux, ça pourrait m’encourager à écrire encore et encore…

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