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Canal du Midi selon l’Illustration (V)

Posté le 23 mai 2022 à 20h 10 dans Une Histoire du Canal du Midi par

Je vous livre  ici le cinquième article concernant le Canal du Midi selon la célèbre revue du XVIIIème siècle qui s’intitule « L’illustation ». Cet article concerne le Bassin de Saint-Ferréol qui constitue, comme la grande majorité d’entre vous le sait déjà, le réservoir essentiel du Canal du Midi. Je rappelle que mes commentaires sont de couleur bleue et en italiques, pour mieux les différencier de la retranscription des articles de cette célèbre revue, qui, je le redis, ont été écrits durant l’été 1847.

Et je rappelle aussi les précédents articles rédigés à ce sujet :

Mais voilà que tout continue…

Bassin de Saint Ferréol

Première partie

Quand, après avoir gravi les hauteurs qui relient Sorèze et Revel, on arrive sur le plateau que couvre la forêt de l’Aiguille, on aperçoit tout à coup, avec une surprise mêlée d’admiration, une immense nappe d’eau qui occupe tout l’entonnoir formé par l’écartement des montagnes ? C’est le bassin de Saint-Ferréol, principal magasin d’eau du Canal du Midi. L’aspect de ce réservoir est absolument celui d’une petite méditerranée, et l’illusion est complète quand le vent marin, si fréquent dans ce pays, soulève en vagues écumantes la surface des eaux. C’est un spectacle magnifique et qui confond l’imagination, quand on songe que cette petite mer intérieure est le produit du travail humain.

  • Souvenez vous de l’histoire de Sorèze et de Revel ! De bien belles pages de notre histoire de France. Focalisez vous donc sur Sorèze, cette école qui a aussi été dirigée par Lacordaire, et déduisez donc ce que vous pensez devoir déduire…
  • Une petite Méditerranée, c’est un peu trop, il me semble, mais bon, déjà, au XVIIIème siècle, il fallait ébahir, convaincre…
  • Le vent marin annoncé ici, c’est le vent d’autan, qui ma foi n’est plus tout à fait marin. Il vous suffira de vous souvenir que le vent d’autan souffle depuis Carcassonne jusques à Toulouse ô Toulouse ! Mais n’oubliez pas qu’il souffle aussi très très fort un peu plus au Nord, dans le Tarn, entre Castres et Mazamet. Il est même encore présent de manière plus atténuée dans le sud de l’Aveyron.

Nous sommes ici dans la vallée du Laudot, qui a dû être barrée pour retenir les eaux qu’on allait y faire arriver. Mais avant de dire comment ce problème fut résolu, jetons un coup d’œil sur l’ensemble de ce prodigieux réservoir, « le plus grand et le plus magnifique ouvrage, dit Bélidor, qui ait été exécuté par les modernes » (1).

  • Le Laudot, c’est simplement le ruisseau qui alimente naturellement le bassin de Saint-Ferréol, mais il ne suffisait pas, et c’est bien pourquoi Riquet a décidé qu’il fallait capter les eaux bien plus haut dans la montagne, depuis les deux versants, Nord et Sud ! C’est ça, le génie absolu de Riquet ! Mais n’oublions pas le génie de Vauban, qui, grâce à la percée des Cammazes, a permis d’accroitre bien mieux les disponibilités en eau du réservoir de Saint-Ferréol.

La forme du bassin, quand il est plein, est celle d’un entonnoir, ou plus exactement, d’un triangle scalène, dont les deux grands côtés sont à peu près semblables, et dont la base s’appuie à la digue du barrage. En se plaçant sur cette digue, on a devant soi la belle nappe d’eau ; derrière, la vallée pittoresque du Laudot, au fond de laquelle coule la rigole de dégagement ; à droite, des montagnes couvertes de bois épais ; à gauche, une ligne de collines basses occupées soit par des champs cultivés, soit par des taillis de jeunes pins.

La longueur du bassin, depuis le barrage jusqu’à l’angle où il reçoit les eaux du Laudot et de la rigole de la montagne, est de 1 558 mètres ; sa largeur, près de la digue, de 779 mètres , sa plus grande profondeur, de 32 mètres 148 millimètres. Sa superficie excède 664 335 mètres carrés. Il contient environ 7 millions de mètres cubes d’eau, aussi pure et aussi limpide que si elle sortait des rochers d’où elle vient.

La digue a 70 mètres de largeur. Elle est formée de trois murs, dont un, celui du milieu, a 32 mètres 473 millimètres d’élévation. Fondés et appuyés de toutes parts sur le roc, ces murs sont séparés l’un de l’autre par deux terrassements. Le mur principal est plus haut que les deux extrêmes, en sorte que le terrassement qui forme glacis, et qui, d’ailleurs, n’est pas aussi haut que le couronnement de la muraille, se trouve entièrement couvert par les eaux du bassin. Ces terrassements ont été faits de terre et de cailloux, recouverts de 2 mètres de terre glaise, matériaux qui n’étaient guère propres à prévenir les infiltrations. Aussi a-t-on eu plus d’une fois des craintes pour cette belle constructions qui, cependant, s’est maintenue intacte depuis son origine (1667).

Gravure ancienne de la digue du Bassin de Saint-Ferréol publiée dans le journal l'illustration en été 1847

Canal du Midi – Bassin de Saint-Ferréol

Les terrassements sont traversés par quatre voûtes donc deux s’ouvrent dans le mur extérieur faisant face au vallon du Laudot. Ces voûtes sont appelées voûte du tambour, voûte d’enfer, voûte des robinets et voûte de vidange. Indépendamment de ces voies de dégorgement, il existe un déversoir destiné à dégager le bassin des eaux superflues, et un épanchoir formé par une pale qui s’ouvre quand on veut commencer à vider le bassin. Les eaux du déversoir suivent un lit de roches granitiques, et tombent en superbe cascade dans le lit naturel du Laudot, pour s’y joindre à la rigole de fuite, dont nous parlerons tout à l’heure.

  • La gravure publiée par la revue l’illustration montre la digue et le bassin de saint-Ferréol, au maximum de ses capacités de stockage. L’aspect est le même aujourd’hui, à l’exception des arbres et de la cabane érigée sur la digue, située à l’emplacement d’une vanne. Bien sur, le chemin que vous observez sur la gauche est désormais bitumé.
  • Rien à ajouter par ailleurs, je vous demande simplement de constater le génie de Paul Riquet et de lire attentivement ce qui va suivre !

La voûte du tambour et la voûte d’enfer sont percées dans le terrassement le plus voisin du réservoir. La première est superposée à la seconde, et y envoie l’eau du bassin par un puits ou tambour carré s’ouvrant dans le fond du réservoir ; de sorte que l’une ou l’autre se remplissent au moyen de cette ouverture. La voûte d’enfer aboutit à une pyramide élevée au milieu du bassin et destinée à servir l’échelle pour l’appréciation de l’élévation des eaux quand le bassin s’emplit, de de leur diminution quand il se vide. C’est le milomètre des Égyptiens. Une pale pratiquée à la voûte d’enfer y précipite les vases du réservoir, lorsqu’il n’y reste plus d’eau.

La voûte des robinets a son entrée dans le vallon. Elle a environ 75 mètres de longueur. A cette distance de la grille d’entrée , on descend une trentaine de marches, et l’on arrive à l’emplacement où sont établis les robinets . Ceux-ci sont au nombre de trois, de forme cylindrique et très faciles à manœuvrer, au moyen d’appareils à engrenages, qui ne sont autre chose que des crics disposés horizontalement. Le mur dans lequel sont scellés les robinets sépare cette voûte de la voûte du tambour, qui en est le prolongement. Les robinets sont à environ 7 mètres de distance de l’eau, qui s’y introduit par des tuyaux de fonte, plongeant dans la voûte du tambour. Chaque robinet dépense 58 000 mètres cubes d’eau dans les vingt-quatre heures, quand le réservoir est au niveau du plein. Lorsqu’on ouvre les robinets, l’eau en sort avec un fracas si formidable, qu’on l’entend à une grande distance au delà du bassin et dans la campagne environnante. Ce bruit terrible, la mystérieuse horreur du souterrain, les lueurs sinistres de la torche de résine dont le cicerone est armé, les noires silhouettes des visiteurs sur les parois de la voûte, les larges gouttes d’eau qui tombent de toute part, l’humidité froide qui règne dans ce caveau, tout se réunit ici pour jeter dans l’âme du voyageur une émotion qui participe de la surprise et de l’effroi. De temps en temps le garde secoue sa torche, et alors les milliers d’étincelles qui jaillissent de la résine ardente projettent une flamme subite qui illumine les objets environnants, pour les laisser aussitôt tomber dans une demi-obscurité.

La voûte de vidange, ainsi nommée parce qu’elle est destinée à l’écoulement des eaux dans le lit du Laudot, est située à quelques mètres à droite de la voûte des robinets, et dans un plan inférieur de 4 ou 5 mètres. C’est la plus longue des quatre. On y marche par deux sentiers ménagés à droite et à gauche d’une rigole qui en occupe le fond, et qu’on appelle la rigole de fuite. Une balustrade en fer à hauteur d’appui garantit les visiteurs du danger de tomber dans la rigole. A une certaine distance de l’entrée, la voûte fait un détour à gauche, puis elle s’infléchit dans sa première direction, et après quelques pas, on arrive à son extrémité. Là se trouve un pertuis par où se précipitent les eaux des robinets placés précisément au-dessus. Ces eaux tombent verticalement d’une hauteur de 3 mètres. En arrivant dans la voûte de vidange, elles entrent dans la rigole de fuite et coulent avec rapidité vers le lit du Laudot pour se rendre au canal du Midi, en passant par Naurouze. La voûte dont il est ici question se prolonge par la voûte d’enfer, dont elle n’est séparée que par un intervalle de quelques pieds, intervalle dans lequel tombe, ainsi que nous venons de le dire, l’eau des robinets. Quand on veut nettoyer le fond du bassin, on lève la pale établie à l’extrémité de la voûte d’enfer, et les vases, entraînées avec violence par les eaux dans cette voûte, entrent dans la voûte de vidange par une ouverture ménagée à dessein, et sortent par la rigole de fuite, qui les conduit au loin, dans la partie inférieure du Laudot.

(1) Bélidor, Architecture hydraulique, tomme IV page 364.

Je me suis contenté de publier les gravures réalisées à l’occasion de la parution de la revue en été 1847. La première concerne la digue et le bassin de Saint-Ferréol et la seconde éditée ci-dessous représente la statue de Pierre Paul Riquet érigée à Béziers.

Statue par David d’Angers, élevée à Riquet dans la ville de Béziers

Il vous restera à apprécier ou non les images que j’ai déjà publié au sujet du bassin de Saint-Ferréol,  elles sont ici :

Le Bassin de Saint-Ferréol

 

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